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Les Causettes – Plouer sur Rance

C’est le genre d’endroit où l’on va lorsqu’on nous en a parlé. Pas n’importe qui, il faut que ce soit un ami, un proche, une bonne connaissance. Quelqu’un ou quelqu’une qui, nous connaissant bien, nous dit : « Oh, au fait j’ai découvert un bistrot super sympa, tu devrais l’aimer ! « .

Cet endroit-là, on y arrive aussi par hasard, parce qu’on passe dans le coin, qu’on est en avance à un rendez-vous, et que ce rendez-vous est à Plouer sur Rance (oui, encore un village en Plou-quelquechose*).

Posé sur la Rance maritime, on y accède en allant à Dinan quand on vient de Rennes; c’est sur la route, juste après un pont qui enjambe le bras de mer dans une de ses parties les plus larges. La vue qui nous est offerte ici donne sur une des plus belles vallées de France. Impossible de ne pas craquer sur cette vue magnifique lorsqu’on regarde vers le nord.

Il faut alors aller dans le bourg de ce petit village plein de charme des Côtes d’Armor, passer devant l’atelier d’un ébéniste, qui de nuit, et éclairé, nous fait penser à celui de Gepeto. Là vous trouverez le restaurant « Les causettes« . Garez-vous là, autour de l’église par exemple. Vous y êtes.

C’est un vieil ami qui m’a fait découvrir ce lieu, ouvert depuis à peine deux ans, et il ne m’a pas fallu longtemps pour m’y sentir bien. En fait j’ai craqué tout de suite. Nous y avions déjeuné, sur une des tables qui donne sur la cour. Depuis j’y suis retourné plusieurs fois, pour dîner surtout, boire un verre aussi, écouter un concert, et à chaque fois passer des bons moments, seul ou entre amis.

Concert aux Causettes, 03/02/2017

Des bistrots et des restaurants, je crois pouvoir dire que j’en connais pas mal, du plus improbable trouvé au petit matin dans les Monts d’Arrée il y a quelques années, alors que je m’étais trompé entre le sud et le nord Finistère (percolateur en panne, 2 derniers paquets de gauloises sans filtre sur l’étagère, café fait à l’ancienne, gigantesque berger-allemand comme gardien), au plus attendu à la Butte-aux-Cailles à Paris, en passant par des centaines d’autres, comme autant de fois où j’ai eu, ces quinze dernières années, l’occasion de m’arrêter avant un rendez-vous, ou après, ou pendant même. Il n’y en a que peu où je suis retourné.

« Les Causettes » est un de ces lieux-là, alors j’ai eu envie de causer un peu avec les tenancières du lieu, Céline et Emilie, pour mieux comprendre encore ce qu’elles étaient venues créer ici en reprenant « La vieille auberge« , établissement centenaire désormais résolument inscrit  dans le 21è siècle, cosy à souhait, vintage comme on peut en trouver à Brick Lane (quartier Est de Londres). Elles m’ont donc gentiment accueilli, après le service du midi, un glacial après-midi de janvier 2017.

Céline et Emilie, patronnes des « Causettes »

Emilie et son compagnon sont arrivés en 2012 dans la commune. Ancienne monitrice d’équitation, banquière, son arrivée à Plouer sur Rance lui a fait prendre conscience de ce qui était essentiel pour elle.

Céline et son mari ont aménagé en 2013 dans la commune, totalement par hasard, après quelques années parisiennes puis d’autres en Belgique. Le métier d’orthophoniste pour lequel elle s’était formée s’est éloigné, elle avait envie d’autre chose.

Elles se sont rencontrées en allant à l’école avec leurs enfants :

« Nous avons tout de suite eu un bon feeling entre nous ».

Rien d’étonnant à cela et heureusement, monter un tel projet à deux suppose de bien s’entendre. Leurs conjoints ont largement participé aux travaux de rénovation du lieu. « Le restaurant était en vente depuis 3 ans. Nous avons craqué dessus. Ce lieu est chargé d’histoire, tout le monde le connait. L’ancienne patronne servait les clients pieds- nus ! Nous avons même eu des personnes âgées qui ont eu envie de venir reprendre ici une photo pour fêter leurs 50 ans de mariage. » Et en effet, lorsque j’y vais je trouve presque toutes les générations. Elles m’indiquent par ailleurs que la clientèle du midi est aussi variée.

Nous avions envie de créer du lien social, de faire vivre le centre-bourg. L’activité s’était déportée vers la zone commerciale à l’entrée de la commune, nous voulions faire revivre la pierre, refaire vivre l’âme du lieu tant qu’elle était encore là.

Comme Lauriane qui a ouvert l’épicerie de Ploerdut avec un chouette projet pour sa commune Emilie et Céline ont vraiment mis du cœur dans ce lieu, et cela se sent même jusqu’à leur cuisine. Depuis l’ouverture des « Causettes » un chef aidé d’un collègue prend en charge les plats, tous délicieux, Céline et Emilie confectionnent de succulents desserts, dont un Cheese-Cake incroyable dont je suis vraiment fan, et pour lequel je ne demanderai jamais la recette pour ne jamais casser la magie, dussé-je en payer encore des dizaines jusqu’à ce que je m’en lasse !

On dirait bien que ce qu’elles avaient envie de faire est réussi. Les Causettes, c’est là où on aime se retrouver, se donner rendez-vous à deux ou entre copains, pour manger, causer, lire, écrire. On s’y sent un peu comme chez soi. Emilie et Céline ont ce petit don qui fait que chacun est vraiment bien accueilli; j’ai aimé encore hier observer l’attention qu’elles portent à chacun de leurs clients, même en cas de « coup de feu ».

J’ai hésité à venir causer ici des Causettes, parce que j’ai eu envie, égoïstement, de garder ça pour moi et les quelques-uns qui connaissent déjà. Puis je me suis dit que vous qui nous lisiez sur Kangaroolovers vous apprécieriez de venir découvrir ce lieu vous aussi. N’hésitez pas à vous faire du bien, mais de grâce, n’en parlez pas à n’importe qui, faut que ça reste dans son jus…

Ouvert du lundi au vendredi le midi, ainsi que chaque vendredi soir depuis janvier 2017. Brunch occasionnellement le dimanche. Site des Causettes

Pour écrire cet article ont été nécessaires : Un thé Jasmin king size, 2 verres de Costières de Nimes,  l’excellente BO de Minuit à Paris de Woody Alen, une part du « Cheese-Cake de Clem’ pris sur place »

* »Plou », préfixe de nombreuses communes bretonnes, signifie « paroisse » en breton, quand les bretons sont arrivés en France et qu’on leur demandait d’où ils venaient le « Plou-quelquechose » s’est transformé en « Plouc », pour devenir une expression péjorative. C’est dommage…